Voyage de solidarité en Tanzanie

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Nous étions huit à faire confiance à Jean-Pascal Lombart, prêtre spiritain, au point de consacrer plein de temps et d’énergie à un projet de solidarité : un mois de vacances, du 25 juillet au 25 août, qui est devenu un mois de travail bénévole pour la bonne cause. Ce fut l’occasion de découvrir la Tanzanie sous l’angle de la relation humaine privilégiée, qui n’est pas celui du touriste.

La Tanzanie, c’est le pays de la savane, du Ngorongoro, du Kilimandjaro (la montagne, mais aussi la bière, le thé, l’aéroport, le dentifrice, …) et de l’Oldonyo Lengaï (qui n’est pas sur les trajets de petite randonnée, car on n’a croisé au sommet de ce volcan que trois touristes français qui promettaient de ne jamais revenir, tant l’ascension étaient terrifiante). C’est le pays où les cure-dents poussent sur les arbres, le pays où il n’y a qu’un robinet par quartier (quand il y en a un), ou les gens se rasent la tête pour se faire beau, où tu croises un troupeau de girafes quand tu vas au travail, le pays où tu trouves un scorpion sous chaque pierre, où le linge non-essoré sèche en 3 heures, où les bus scolaires sont Tata, où les ceintures de sécurité sont recousues avec des agrafes, où la barre de fer tapée dans une jante de voiture sert de sonnerie à l’école, là où les collégiens vont en classe avec un bâton, là où on construit des murs d’église en pierre, bois et bouse.

2016-09-04 08.25.40La dimension « humanitaire » ou « solidaire » du voyage s’est vite concrétisée par des heures de réunion, de rédaction de rapport et de compte-rendu de journée là où le touriste de base se serait réveillé en milieu de matinée… La première mission s’est déroulée dans l’école Saint François. Une religieuse, qu’on appellera « la panzer-Sister » tient d’une main de fer un internat et un collège de 300 élèves. Nous y avons fait des activités de bricolage avec les jeunes, qui ont apprécié les bracelets en macramé et en perles et les grenouilles en origami. Je me suis aussi retrouvé à jouer le lion dans une classe de maternelle là où les jeunes devaient jouer les chasseurs : des enfants tout mignons se sont mis à me frapper : « mais je te reconnais, toi, qui voulait jouer avec moi il y a cinq minutes : tu quoque fili mi ! ». Une petite fille, qui a pleuré quand on est parti, avait un regard incroyable : on lui aurait donné le bon Dieu sans confession. Quand elle a eu son bracelet en perle, elle s’est incrustée dans la classe pour en avoir un autre, et sans comprendre ce qu’elle ne m’a pas dit, elle semblait me dire avec ses yeux « soit tu me donnes un autre bracelet, soit je ne te parle plus jamais de ma vie ». La Panzer -Sister était incroyable : on n’en faisait jamais assez, on ne trouvait jamais assez d’argent pour faire vivre son école. A peine avait-elle fini de construire une chapelle qu’elle s’est lancée dans la construction d’une nouvelle cantine. On l’a aidé à la mesure des dons que nous avions reçus avant de partir.

La deuxième mission a eu lieu dans un village massaï sans route goudronnée, sans électricité, sans eau courante, où on se retrouve à 40 à utiliser la même unique toilette et cabine de douche. On célébrait la messe dans une espèce de pièce mi-dehors mi-dedans, genre décor de maison du monde, qui nous servait aussi pour manger et pour se réunir, après avoir chassé les chèvres et les poulets.

Le but de la mission fut de jouer les catalyseurs, de provoquer des rencontres, de les sensibiliser aux besoins des plus faibles : non, le handicap n’est pas une fatalité. Moi, l’Européen, je suis venu de très loin non pour boire et manger avec le riche en bonne santé, mais pour jouer avec l’enfant sourd rejeté par sa propre famille. Nous leur faisons découvrir les ressources dont ils disposent déjà. Il a beaucoup de talent, l’enfant qui ne se réduit pas à sa maladie…. Un spectacle a permis de donner un peu de fierté à ces parents qui avaient un peu perdu foi en leurs enfants malades. On a rencontré des médecins compétents, des professeurs qui enseignent avec le langage des signes, des collégiens sensibles à leurs petits frères porteurs de handicap : quelques encouragements (pas seulement financier, mais ça compte quand même) suffisent pour qu’ils se mettent tout à coup à travailler ensemble et à chercher de meilleures solutions. Au bout d’un mois, on a quitté le pays avec de belles images dans la tête, des nouveaux amis, et la promesse qu’on allait partager avec nos amis en Europe la joie et l’amour que nous avions reçu chez les Tanzaniens.

Laurent, Mission Tanzanie 2016

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