« On peut être prudent et engagé » avec Apprentis d’Auteuil

Daniel Fasquelle, laïc associé spiritain est directeur des établissements scolaires Saint Joseph de la Fondation des Apprentis d’Auteuil et de MAMINA, Maison d’accueil de mineurs non accompagnés à Blanquefort en Gironde. Il nous raconte sa mission inédite sous Covid dans une paix inspirante.

Directeur d’un collège de 100 élèves, d’un lycée de 135 élèves dont une centaine en internat et d’un foyer pour cinquante migrants mineurs non accompagnés, Daniel avait 1001 raisons de vivre dans la tourmente. L’enjeu est de taille : s’adapter en temps réel à des circonstances tout à fait imprévues mais la paix demeure. « J’ai appris à la télévision comme tout le monde la fermeture des établissements scolaires. J’ai réuni dès le lendemain l’ensemble des équipes pour organiser la continuité pédagogique et éducative. Il nous fallait une attention particulière pour nos jeunes dont beaucoup sont en difficulté ou en décrochage scolaire. On s’est fixé des objectifs réalisables d’une heure de travail par jour. Et on a sollicité des aides pour les jeunes qui n’avaient pas d’accès numérique ».

Soutenu par Saint Joseph, la prière et les mots du pape François

Lors du 19 mars, jour de la Saint Joseph, Saint patron de l’établissement, le père Fauries rassemble la communauté éducative pour une célébration dans le respect des règles sanitaires. Daniel mobilise toutes les forces vives à s’engager. Il confie les projets, les réalités de vie, les santés des enseignants, des jeunes, des éducateurs, de leurs familles à Saint Joseph et au Père Brottier. Sur un plan plus personnel, il renoue avec régularité aux laudes et soigne les temps de prière personnelle, prières de couple et prières en équipe.

Les mots du pape François à l’occasion de sa prière pour le monde du 27 mars le rejoignent. « Nous nous trouvons tous dans la même barque, fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nos réconforter mutuellement. La tempête démasque notre vulnérabilité, et révèle ces sécurités fausses et superflues avec lesquelles nous avons construit nos habitudes et nos priorités. Elle dessine aussi une nouvelle fraternité. Nous aussi nous nous apercevons que nous ne pouvons pas aller de l’avant chacun tout seul mais seulement ensemble.»

« On peut être prudent et engagé »

Conscient que certains jeunes et familles peuvent souffrir plus que d’autres de cet isolement forcé, il ravive la flamme de l’engagement auprès de tous. « Toutes les crises mettent à l’épreuve la cohésion et la solidarité de ceux qui les traversent. Cette crise n’échappe pas à la règle en questionnant notre engagement personnel auprès des jeunes, notre motivation, notre solidarité. » 

« Nous sommes invités à la prudence. La prudence n’empêche pas d’agir avec force lorsque les circonstances l’exigent. Cette vertu qui allie le courage à l’humilité ne s’oppose à pas la solidarité de tous envers tous, elle grandit le sens de l’engagement de ceux qui la pratique en pareilles circonstances. N’oublions pas notre mission : accompagner les jeunes sur leur chemin de croissance. »

Inventivité et sourire : ses maitres mots

Les activités pour donner du relief aux journées ne manquent pas : entretien du jardin potager, cours de capoera,  tam tam, cuisine. Certains jeunes en apprentissage dans la boulangerie ou la grande distribution partent le matin et rentrent le soir. D’autres restent confinés. La présence à leurs côtés ne faiblit pas. Des éducateurs et même une assistante administrative se portent volontaires pour assurer du soutien scolaire, même sur leurs temps de congés. « Pour résister à l’inquiétude et pour traverser ces temps difficiles, nous pouvons ensemble faire preuve d’inventivité pour renforcer les liens de fraternité, nous soutenir moralement et garder le sourire! » écrit-t-il aux élèves. Un lien téléphonique est maintenu avec les jeunes restés en famille et un lien plus spirituel se renforce avec l’envoi régulier d’une lettre rédigée par Jean François Grèzes, animateur en pastorale. Il s’appuie sur les mots du pape François : « S’il nous arrive de désespérer de nous-mêmes, rappelons-nous que si le Christ est ressuscité, nous pouvons regarder chaque événement de notre vie, même les plus négatifs avec des yeux et un cœur nouveau. Les moments d’obscurité, d’échec et de péché également peuvent se transformer et annoncer un chemin nouveau. Lorsque nous touchons le fond de notre misère et de notre faiblesse, le Ressuscité nous donne la force de nous relever. »

Et il rappelle aux jeunes leur charisme de disciples missionnaires : « Alors, nous aussi, comme les premiers disciples de Jésus, nous pouvons traverser cette tempête et surmonter nos peurs pour vivre dans la confiance et en solidarité avec tous ceux qui, à travers et au-delà des événements présents, s’engagent au service des plus faibles et sont artisans de paix. »

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